Comment répondre à ses questions? Comment lui dire ces choses qu’on ne m’a jamais dites?

question

Comment moi, à 32 ans, je peux faire pour répondre aux questions d’une gamine de 5 ans et demi sans lui faire de la peine/peur/pleurer?

Comment lui avouer? Comment?

« Ils sont où tes parents? »

Cette question me hante chaque jour. Du haut de ses 5 ans et demi, ce petit bout de gonzesse me pose cette question souvent. Cette question à laquelle je ne sais pas quoi répondre.

J’ai envie de lui dire mais je ne sais pas moi même.

Comment lui avouer que je ne connais pas mon père, celui qui m’a filer ses gènes. Pour moi, mon père est juste un prénom  et une main sur une photo.
Parce que je n’ai pas de père. J’ai un géniteur. C’est tout.

Aucun père ne m’a appris à nager. J’ai appris seule.
Aucun père ne m’a emmené à l’école. j’y allais seule.
Aucun père ne m’a applaudi à mon spectacle d’accro-sport ou à ma course à pied.
Aucun père ne m’a félicité pour mon premier job.
Aucun père ne m’a serré dans ses bras quand j’ai annoncé ma grossesse.

Comment lui parler de ce père que je ne connais pas. J’y ai beaucoup réfléchi,  je n’en dors pas. Je retourne la question dans tous les sens. Et j’ai trouvé. Enfin je crois.

Je lui ai dit tout simplement. Le plus Simplement du monde: « je ne connais pas mon papa. Je ne connais pas son nom. Je ne sais pas où il est. Ce qu’il est devenu. Et si il a une famille. »
Je ne peux de toutes façons, pas lui dire plus puisque je n’en sais pas plus.

Et elle a dit: « ah d’accord ». Et j’ai eu un câlin.
Un câlin qui voulait dire « c’est pas grave, moi je t’aime »…

Et que lui dire sur ma mère? Comment lui dire que ma mère m’a fait tellement de mal et m’a tellement bousillé mon enfance sans lui faire de la peine/peur/pleurer? (bis)

Comment lui dire que sa grand-mère, celle qu’elle appelle la « dame », ma mère continue à me faire du mal? Comment lui dire que j’ai coupé les ponts avec cette « dame » pour la protéger elle et son frère? Pour nous protéger tous? Et aussi parce que je ne voulais pas prendre sa direction…

Lui dire « ce sont des histoires de grands » n’est pas une bonne réponse parce que ça amène d’autres questions. Mais ne rien lui dire, c’est comme reproduire ce que ma mère faisait quand moi aussi j’avais 5 ans et que je posais ces mêmes questions.

Alors j’ai encore une fois réfléchi, j’ai encore une fois peu dormi. Et j’ai encore répondu simplement, avec mon coeur.

Et je lui ai dit que j’étais fâchée avec elle. Que je ne voulais pas lui parler pour l’instant parce qu’il fallait que j’encaisse tout ce qu’elle m’a fait endurer. Et que malgré tout, elle continue. Elle continue parce qu’elle est malade. Et c’est une maladie difficile à guérir. Que cette maladie fait faire du mal aux gens qu’on aime.

C’est dur à dire pour moi  et dur entendre pour une gamine de 5 ans. Mais il fallait que je lui dise. Il le fallait parce que je ne suis pas ma mère et que je refuse que mes enfants vivent dans le mensonge et le non-dit, comme moi j’ai vécu mon enfance. Parce ça, ça détruit une vie… Et je refuse qu’ils passent par ce que je vis depuis trois ans, a essayer de recoller les morceaux, à faire surface, à vivre tout simplement.

C’est mon rôle de mère de faire tout mon possible pour ne pas détruire la vie de mes enfants. Pour les guider vers le bon chemin et de leur donner toutes les cartes pour qu’ils avancent et réussissent leurs vies futures.

Ces questions sont difficiles et les réponses sont dures. Mais peut être qu’elles sont nécessaires pour continuer à avancer, à vivre une vie saine et équilibrer malgré tout. Pour moi. Pour eux. Parce que je les aime.

Je ne sais pas si j’ai raison ou tort de lui dire tout ça. Mais dans mon fort intérieur, je suis persuadée de faire le bon choix.

Désolée pour ce billet pas drôle du tout. Mais d’écrire tout ça est vitale pour moi et me fait énormément de bien.