C’est un matin comme les autres. Tout à fait banal et semblable à tous les matins.

Un matin. Ce matin. Ca ne sert à rien.

Une lessive tourne. Dedans, il y a des draps. Une housse de couette à gros pois orange et vert 240X240 tout juste retirée de la couette moelleuse. Un drap vert pas du meilleur goût et 2 taies d’oreillers assorties. Et quelques torchons, tapis de bain et chaussettes dépareillées retrouvées au pied de la machine à laver.

Rien de bien funky en somme.

Le programme coton à 40° est lancé depuis 1h20. C’est la fin, l’essorage 1300 tours/minutes est à toute blinde et fait résonner les murs de la buanderie jusque dans la cuisine.

Et puis, le bipbip insupportable retenti. Ce bip-bip strident qui heureusement pour lui ne sonne qu’une fois et qui annonce que le linge est propre et qu’il faut le sortir pour l’étendre. Je déteste ce bip-bip. Comme si le linge à l’intérieur criait « allez, sors nous de là, vite, on a froid et on est mouillés! ». Du coup, j’ai toujours ce rituel débile de lui dire « Sors ! Prends la clé ! ».

Ce matin bien monotone entouré de routine va devenir bien étrange. Mais ça, je ne le sais pas encore.

Je décide donc d’étendre ce linge. J’aime bien l’odeur du linge tout juste lavé, ça sent le frais et le savon de Marseille, ça fait une parenthèse chantante dans cette matinée toute triste.

Le drap est étendu, la housse de couette aussi après m’être battue avec elle. C’est vraiment chiant à étendre, c’est trop grand, le séchoir et trop petit et à chaque fois je repense à ce tancarville vu dans Télé Shopping, celui qui  annonce  des centaines de mètres d’étendage, avec extension, pince pour les sous-vêtements et roulettes intégrées. 79€ soldé, il a intérêt d’être au top.

Les torchons, c’est bon, les chaussettes esseulées iront retrouver leur binôme une fois sèches, il ne reste que les taies d’oreillers.

Mais… Mais il en manque une ?! J’ai dû l’oublier dans la machine. Un classique.

Un fois redescendue dans la buanderie, je cherche dans la machine et aucune taie ne s’y trouve. Ok alors regardons tout autour. Rien non plus. Peut-être est-elle tombée sur le chemin. Je remonte donc les escaliers et refais le parcours en regardant dans chaque coin et recoin.

Toujours rien.

Ok, je sais, elle doit être à l’intérieur de la housse de couette. Un autre classique.

Je décroche donc la couette et me faufile dedans. C’est froid et mouillé mais l’odeur du savon me rappelle les crickets des vacances, alors je divague un peu repensant à ce matin sans âme, oubliant complètement ma mission.

Je tourne et retourne cette housse. Toujours rien. Là, je commence à m’inquiéter. Je me bagarre encore une fois avec elle pour la raccrocher en maudissant ces pinces à linges et en rêvent du séchoir de compétition.

Elle doit être tombée avant que je la mette dans la machine. Je vais de ce pas voir sur mon lit, autour de mon lit, sous mon lit. Rien. Toujours rien.

Mais où est -elle ?

Attends un peu, avant d’étendre le linge, je suis allée aux toilettes. Mais pourquoi aurais-je pris cette taie pour aller aux toilettes ? Je vais quand même vérifier par acquit de conscience. Mais encore une fois, elle n’est pas là.

Je commence à m’inquiéter. Suis-je devenue folle ? Est-ce un mauvais tour ? Mais non voyons, je suis seule… Je cherche partout dans la maison, refaisant cent fois les parcours depuis le moment où j’ai retiré les draps du lit jusqu’à l’épreuve du séchage.

Je suis en stress. Un mélange d’incompréhension et de peur. C’est impossible, cette taie n’a pas pu disparaître comme ça ! Tourmentée et lasse, je décide de me poser dans le canapé et de ne plus y penser. Souvent, c’est quand on ne pense plus aux objets perdus qu’ils réapparaissent.

Et puis, fatiguée par toute cette histoire, je décide de me préparer un thé pour me détendre. Et devinez ce que je trouve en ouvrant le placard ?

Bah du thé.

C’est en ouvrant le frigo que je trouve un morceau de tissu orange et vert, froid et mouillé que je reconnais immédiatement. Elle était là, dans le frigo entre le yaourt et le fromage, pliée et posée bien à plat.

Je ne saurais jamais pourquoi je l’ai mise là ni ce qu’il m’est passé par la tête. Mais j’aurais dû penser au frigo parce que j’y ai déjà retrouvé mes lunettes de vues et ma télécommande…

Une fois étendue avec sa consoeurs, j’ai pu enfin savourer mon thé au moins autant que ma victoire ! J’ai résolu le mystère de la taie d’oreiller !

Fin.