Franchement, j’ai peur. Quand je vois qu’en 2017, nous reculons en terme d’égalités malgré nos combats, j’ai peur que ma fille grandisse dans ce monde.

Dans 10 ans, elle en aura 20. Et elle aura appris à ne pas porter de jupe parce qu’elle peut se faire violer. Elle aura appris à ne pas sortir seule la nuit parce qu’elle peut se faire agresser. Elle aura appris à fermer les yeux sur le sexisme ordinaire parce que « c’est bon, c’est de l’humour ». Elle aura appris à être toujours apprêtée, maquillée et bien habillée parce que le monde ne veut voir que du beau. Elle aura appris à être mince et épilée parce que c’est ce que veulent les hommes. Elle aura appris à la fermer et à faire la potiche parce que c’est ce qu’une femme doit faire en société. Elle aura appris à faire le ménage, la cuisine, élever des enfants parce que c’est le rôle d’une femme, c’est sa charge mentale. Elle aura appris que son corps appartient à son homme et pas à elle même. Elle aura appris à travailler pour 20% de moins qu’un homme parce qu’elle a un vagin.

Tant que je serais dans ce monde, jamais je ne la laisserai croire tout ça.

Ces clichés rétrogrades sont malheureusement encore trop présents dans nos vies.

Etre une femme ça craint. On n’est jamais à l’abri, on est jamais sûre de pouvoir vivre sa vie tranquille. Alors on a le choix. On se tait et on laisse couler. Ou on ouvre nos gueules et on emmerde le monde.

Ce que je veux dire à ma fille, c’est qu’elle ne doit jamais lâcher prise. Qu’elle doit se battre constamment. Qu’elle ne sera jamais moins bien que quiconque parce que c’est une femme. Que ses atouts ne sont pas juste son corps mais aussi son esprit. J’ai envie de lui dire qu’il n’y a pas de petits combats. Qu’elle va passer son temps à se battre pour qu’on arrête de la juger parce qu’elle porte un décolleté.

On ne part pas avec les mêmes chances que les hommes.

Et ce n’est pas être féministe de dire ça. C’est réaliste. On peut éduquer nos enfants dans l’égalité la plus totale, il y aura toujours des moments dans la vie d’une femme qui feront qu’elle se sentira inférieure aux hommes.

Je ne veux pas que ma fille soit stigmatisée parce qu’elle a une poitrine. Qu’elle soit moquée et rabaissée parce qu’elle a ses règles. Qu’elle se retrouve au placard en rentrant d’un congé maternité ou qu’elle soit jugée fainéante parce qu’elle choisit le congé maternité. Je ne veux pas qu’elle subisse les sifflets, les insultes, la peur du harcèlement de rue. Je ne veux pas qu’elle gagne moins bien sa vie qu’un homme, qu’elle se taise, qu’elle soit effacée. Qu’elle se fasse insulter de féministe dès qu’elle ouvrira sa bouche alors que ce n’est pas une insulte.

Nous sommes la moitié de la population, nous n’avons pas à nous taire et à nous oublier.

Alors comme nos grand-mères et nos mères, je ne me tairai jamais. Chaque combat aussi insignifiant qu’il puisse paraître, je le poursuivrai. Pour elle, pour moi, pour les femmes.

Ce que vivent nos soeurs de tous pays, cela peut aussi nous arriver. Nous ne devons jamais arrêter de nous battre. C’est dur et épuisant. Mais il ne faut rien lâcher. Ca veut dire qu’il faut parler, écrire, crier et agir. Chaque action, si petite soit elle est utile pour le maintien de nos droits fondamentaux et une avancée pour ce qu’il reste encore à faire évoluer.

Je lui apprends à être une combattante. Parce qu’elle va devoir s’armer pour ça toute sa vie. Même si ce n’est pas ce que je souhaite pour elle. J’aimerai qu’elle vive une vie libre et sereine sans jamais devoir se battre….

Mais je crois que je n’ai pas fini de gueuler.