J’ai peu de souvenirs de mon enfance, mais celui ci est resté gravé dans ma mémoire.

Quand j’étais enfant, j’habitais à Strasbourg et dans notre appart il y avait un cagibi. Une pièce noire dans laquelle j’allais très souvent.

Non, mes parents ne m’enfermaient pas dans le cagibi pour me punir, j’y allais de mon plein gré. Je n’étais pas une enfant bizarre (enfin si mais c’est pas le propos), j’étais juste gourmande.

Parce que dans ce cagibi, il y avait quelque chose de délicieux. Un aliment exceptionnel. Je ne pouvais pas y résister.

Je me levais la nuit en douce pour y aller et assouvir ma gourmandise. Je sortais de ma chambre toute rose (moquette rose, mur rose, rideau rose, meubles roses, la totale), je devais passer devant la chambre des parents (eux c’était de la moquette marron au mur) et traverser le salon vert jusqu’à la porte du cagibi qui se trouvait à côté de l’entrée.

Le tout à pas de loup. Et parfois, il n’était pas aussi tard que je le pensais et je risquais à tout moment de me faire prendre.

J’avais l’eau à la bouche rien qu’en regardant la porte du cagibi sachant ce qu’il y avait à l’intérieur.

Mais que pouvait il y avoir là dedans pour que j’en rêve la nuit ? Des chocolats ? Des bonbons ? Des caramels ?

Rien de tout ça.

Dans le cagibi, il y avait du jambon espagnol. Oué du jambon. Le genre qui est salé et qui attend gentiment au séchoir tout l’été avant d’être affiné dans des caves naturelles à 10° pendant des années. Le genre Iberham, 100% naturel et sain. Le genre qui est trop bon. Le genre irrésistible donc.

J’aurais pu en manger sur la tête d’un pouilleux (expression 100% vieille).

Je me revois encore me couper de fines lamelles et parfois des bien épaisses. Miam. Et en plus, j’avais les meilleurs pique-niques du monde pour les sorties scolaires. J’en mangeais au goûter même.

Imagine ma déception, quand, un jour, j’ai ouvert le cagibi et qu’il ne restait rien, même pas une fine tranche.

Oui parce qu’en vrai, je n’étais pas la seule à me lever la nuit pour grignoter du bon jambon.

Ce cagibi, c’était ma cachette à trésor.

Voilà, j’ai faim maintenant !